Les MBA Musique 2e année au studio d’enregistrement Melodium

En novembre dernier, les étudiants de Master 2 Musique de l’EMIC sont allés au Studio Melodium pour découvrir les différents métiers et savoir-faire des studios d’enregistrement.

Souvent nos étudiants commencent à travailler sur un projet musical après la phase d’enregistrement/mixage/mastering. Il est donc important de leur faire comprendre et expérimenter ce qu’il se passe avant la livraison du projet, en studio.

Quelle est la différence entre un arrangeur, un réalisateur, un producteur, un beatmaker ?

Que signifient : Monitoring, Recording, Editing, Overdubing, Mixing, Mastering ?

Nos étudiants ont pu avoir toutes les réponses, grâce au formateur Nicolas DUFOURNET. Nicolas a en effet plus de 25 ans d’expérience dans la filière musicale. Il a en outre passé plus de 15 années comme réalisateur artistique, ingénieur du son et directeur des studios MELODIUM.

studio Melodium

Nicolas DUFOURNET, de Melodium Studio, répond à nos questions :

 

  • Bonjour Nicolas, quel est ton parcours ?

 

J’ai commencé par jouer en autodidacte dans le groupe Oui Oui (Etienne Charry-Michel Gondry-Gilles Chapat) en 1983. J’enregistrais alors des musiques avec les premiers magnétophones à bande semi professionnels.

Diplomé d’un BTS publicité et de l’ESP (Ecole supérieur de la publicité), je rentre chez Publicis en temps que média planneur en 1987.

Puis je me dirige vers les études media et je développe le premier logiciel de prévisions d’audience Télé chez Carat au poste de directeur d’études media. Parallèlement, je fais deux disques et une centaine de concerts avec Oui Oui jusqu’en 1992.

En 1994 je décide de combiner mes deux savoir-faire et propose à des maisons de disque mes services.

Je rencontre ensuite Emmanuel de Buretel le patron de Virgin qui me propose un poste de chef de produit au national. Les huit années passées seront sans doute les plus denses au niveau apprentissage, mais je retiens surtout une chose : la matière la plus intéressante est l’être humain. En 2002, après avoir développé  pendant quatre ans le label Source en tant que directeur marketing et image (Air, Henri Salvador, Saian Supa Crew, Phenix, Sebastien Tellier, Warp, Mowax), il est temps pour moi de revenir à la base : la fabrication de la musique. Je monte donc en 2004 le studio Melodium après deux ans d’une formation autodidacte, avec certitude que le monde de l’enregistrement va subir une mutation. Mon positionnement « Classic sound techniques » basé sur les techniques des studios des annèes 50 à 80 me permet de construire une clientèle.

 

  • Aujourd’hui avec la génération des « bedroom producers », les DAW* et la MAO** , quels sont les grands changements ?

 

Les Daw ont donné accès au grand public à la création musicale. Par la puissance des outils et leur simplicité d’utilisation. Aujourd’hui il est courant de rencontrer des artistes qui maîtrisent toutes les étapes de la production musicale (sauf le mastering). Mais ils ne connaissent bien que leur terrain de jeu.

* (Digital Audio Workstation, en français, station audionumérique)
** (Musique assistée par ordinateur)

La pratique de la MAO a généré un amalgame :

Il est possible d’arriver rapidement à un résultat propre et en apparence complexe avec les logiciels DAW, VST* et les Plugins* aujourd’hui. Cela amène donc le grand public à penser qu’un utilisateur de MAO est un musicien qui connaît un peu la musique (le solfège). Qu’il sait jouer d’un ou plusieurs instruments (ou au moins d’un séquenceur de samples), connaît le métier d’ingénieur du son. Surtout, le public pense que la chose la plus importante est d’être un bon producteur. On pourrait résumer que pour obtenir un titre commercialement viable, il faudrait juste une bonne idée. Rien qu’une bonne idée car le reste est fait par le logiciel. Beaucoup de tutoriels essaient d’ailleurs de le démontrer sur YouTube, mais la réalité est beaucoup plus complexe !

Il faut en réalité entre deux et trois ans de travail quotidien pour prétendre maîtriser toutes les étapes techniques d’une production professionnelle faite en MAO. La plupart des productions américaines emploient entre 3 et 6 personnes sur un titre. Chacun est champion dans sa spécialité (beat, arrangement, voix, edit, mix, mastering). Ainsi, cela leur permet d’avoir une bonne longueur d’avance sur le travail du son.

Par ailleurs, lorsqu’on quitte l’univers du projet fait à 100 % sur ordinateur, pour se retrouver dans le monde de la prise de son réelle, il y a obligatoirement des savoir-faire pointus. Et donc des métiers à pourvoir.

VST* (Virtual Studio Technology :  instruments virtuels)

Plugins* (logiciels de traitement du son : dynamique, fréquence, espace, modulation)

 

  • Quels sont les 3 conseils que tu pourrais donner à un étudiant de l’EMIC qui veut rentrer dans le « business de la musique » en septembre 2020 à l’issue de sa formation de Master 2 ?

 

Je dirais qu’outre de se forger une solide culture, le plus utile est de s’intéresser aux être humains. A leur fonctionnement, leur motivation, leur savoir faire. De l’autre côté, l’aspect technique, Internet, l’IA et les outils de data s’imposent définitivement comme l’outil central du développement business. Il y a une énorme différence entre ceux qui connaissent de loin les réseaux sociaux et ceux qui les utilisent de près. Je parle d’une utilisation professionnelle uniquement. Tous les jours j’ai envie d’entreprendre de nouvelles choses grâce à internet et ses outils. On ne peut que se réjouir de vivre ce moment !  Un moment complexe qui se situe entre addiction, nécessité vitale et un monde des possibles qui redistribue les cartes …