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La blockchain et les droits d’auteurs

Malgré un monde digitalisé où on a pris l’habitude de retrouver toute information en un claquement de doigts, il est toujours particulièrement laborieux de connaître l’auteur, le compositeur, l’arrangeur, l’éditeur, l’interprète, le producteur, d’une musique, d’une chanson spécifique.

Beaucoup d’espoirs étaient nés en 2012 avec le projet de Global Repertoire Database (GRD), mais qui par manque de financement s’est éteint un beau jour de 2014. Laissant ainsi le besoin de connaitre facilement la répartition des droits de chaque titre sans réponse alors que tout le monde est unanime au sein de l’industrie musicale : rendre disponible les informations de chacune des œuvres serait sans conteste un bienfait qui simplifierait leurs utilisations et leurs rémunérations.

Est-ce la blockchain pourrait apporter une solution à cette problématique vieille comme internet ?

Pour y répondre nous vous proposons de faire un rapide état des lieux des projets à travers le monde développant des débuts de solutions. Mais avant cela, débutons par un rappel de quelques définitions liées à la blockchain.

Quelques définitions de l’univers blockchain

Blockchain : La blockchain (chaine de blocs en français) est avant tout une technologie qui fut créée par Satoshi Nakamoto (personnage ou collectif resté anonyme) avec la cybermonnaie Bitcoin. Cette technologie peut être vue comme :

  • Un livre comptable ouvert, et publique où chaque page de transactions (une transaction étant un échange de cybermonnaie entre plusieurs personnes) qu’on pourrait appeler aussi bloc de transactions est sécurisée par une vérification et une validation définitive réalisée par des « super » utilisateurs qu’on appelle des mineurs.
  • Par extension, on peut imaginer que ce grand livre de compte puissent être utilisé comme une base de données globale et publique. Contrairement à la GRD, celle-ci ne serait pas centralisée, mais dupliquée à chaque nœud, comme un réseau P2P, sécurisée par la technologie de consensus (dit de minage) et pourrait être incitative avec l’attribution de cybermonnaies.

Minage : Dans une blockchain publique, telle que Bitcoin, chaque bloc de transactions est validé par un calcul très complexe réalisé par des mineurs. Ces mineurs peuvent être toute personne qui met à disposition de la puissance de calcul à la blockchain. Lorsqu’un mineur a résolu l’ensemble des équations (à l’image de la résolution d’une grille géante de Sudoku), il soumet le bloc à la validation des autres mineurs. Ces derniers vérifient le résultat. Le bloc est alors validé si la majorité de mineurs confirme le bon résultat.

Ethereum : Ethereum est une blockchain publique née en 2015 dont la cybermonnaie est l’ether. Sa popularité vient du fait qu’elle permet la mise en œuvre d’applications autonomes et de smartcontracts.

Smartcontract : Un smartcontract (contrat intelligent en français) est un bout de code informatique qui permet d’automatiser dans une blockchain la réalisation de transactions suivant certaines conditions définies à l’avance. Par exemple : On pourrait créer un smartcontract entre un artiste / interprète et un utilisateur, avec comme condition que si le titre est téléchargé par l’utilisateur, un transfert du montant défini en cybermonnaie est réalisé automatiquement entre l’utilisateur et l’artiste.

Ces quelques termes précisés, découvrons dans les projets blockchain relatifs aux droits d’auteurs qui se développent à travers le monde. Cette liste ne vise pas à être exhaustive, mais a pour but d’illustrer le dynamisme qui existe depuis 2015 pour traiter la question grâce à cette technologie.

Un dynamisme, des projets qui avancent

Débutons notre tour du monde à Londres, avec Meta & Jaak deux projets liés et complémentaires. Meta vise à devenir un réseau décentralisé de métadonnées pouvant stocker, partager, les informations indispensables à la bonne gestion, à l’utilisation, et au reversement des droits pout tout fichier musical, et plus globalement audio, vidéo ou photo. Quant à Jaak, lui, doit permettre via des smartcontracts de la blockchain Ethereum d’automatiser la rémunération directe des auteurs, compositeurs et autres ayants-droits à chaque utilisation de leur oeuvre.

Dot Blockchain Media, « from » Boston, a une philosophie un petit peu différente car comme l’expliquait Benji Rogers au Midem, l’idée de dotBlockchain Media est d’inscrire toutes les métadonnées au plus près de la musique elle-même, en créant un nouveau format de fichier. A l’image du zip, ce nouveau format contiendrait le fichier audio et un fichier de données. La blockchain serait ici utilisée pour stocker et partager ces informations. Ils travaillent actuellement avec des partenaires tels que la Socan, CD Baby, Songtrust, Medianet et Fuga.

Coté France, nous pouvons noter la volonté de la Sacem qui s’est associée à l’Ascap (USA) et PRS for Music (USA) afin d’explorer les possibilités de la blockchain pour faciliter et réduire les délais de la gestion des droits. Mais contrairement aux deux précédents projets, c’est ici une blockchain privée, donc consultable, modifiable uniquement aux personnes autorisées, et dont la validation est assurée par quelques acteurs identifiées, ré-introduisant la notion de tiers de confiance qui n’existe plus dans les blockchains publiques. Ces tests sont réalisés sur le framework opensource Hyperledger (de la fondation Linux), et comme Xavier Costaz nous le déclarait également au Midem, les validations portent aujourd’hui sur la ‘scalabilité’ de la solution et sa tenue en charge.

Dernier acteur important de ce voyage au sein de l’écosystème de la gestion des droits est l’Open Music Initiative (OMI). Think tank du Berklee College, l’OMI ne parle pas technologie mais vise à définir un standard uniformisant les métadonnées de la musique pour faciliter l’utilisation et la reconnaissance des créateurs et ayants-droits par tous les acteurs, SPRD, Streamers, diffuseurs, distributeurs, éditeurs…

Un avenir qui reste à écrire

Comme nous pouvons en juger, les initiatives se multiplient à travers le monde, avec un but assez similaire d’aider, dans un premier temps, la gestion des droits d’auteurs. Nous ne pouvons que nous en féliciter, car cela augmente mécaniquement les chances que l’une d’entre elle puisse remporter une adhésion large et fédérer l’ensemble de la filière.

Néanmoins de nombreux obstacles restent à franchir, que ce soit sur des aspects techniques, tels que le coût énergétique énorme de la blockchain publique actuellement, ses performances limitées, ou sur des aspects plus sociologiques et légales : sommes-nous prêts à faire confiance à des smartcontracts ? Sous la responsabilité de qui ? Quel tiers serait en charge de définir qu’une information sur la répartition des droits doit être publique, où avec un accès restreint, et à qui ?

Rappelons-nous, que même si la blockchain a été créée en 2008, nous n’en sommes qu’au début de son exploration et de ses possibilités. A l’image du début d’Internet en 1995, où nous étions incapables d’anticiper ses nombreuses utilisations (P2P, réseaux sociaux, …), l’avenir reste à écrire, c’est passionnant.

Par Benoit Defamie